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Du rouge à l'orange

Mouvement démocrate: Fin de partie

7 Novembre 2013 , Rédigé par Serge92

Le 10 Mai 2007, débutait une aventure politique originale avec la création du Mouvement démocrate dans la foulée de l'élection présidentielle qui avait vu François Bayrou atteindre un score de 18.57 % au premier tour de la présidentielle.

Le 5 Novembre 2013, l'officialisation de la charte de partenariat entre l'UDI et le MoDem, met fin à cette aventure... Le mouvement continuera légalement à exister (pour combien de temps?) mais tout ce qui faisait son originalité et sa richesse a disparu.

S'il fallait définir en un mot les principes fondateurs du MoDem, un mot émerge du lot: Indépendance...

Car le Mouvement Démocrate, c'était en premier lieu çà... L'idée simple que l'opposition stérile entre droite et gauche ne permettait pas la recherche des solutions aux problèmes de la France...

L'idée simple qu'il fallait créer un mouvement politique qui ne se définisse pas selon la logique droite gauche mais rassemble les talents d'où qu'ils viennent pour les faire travailler ensemble, dans la confiance et le respect.

L'idée simple que pour réussir à construire cette maison commune où chacun, d'où qu'il vienne, se sentirait à son aise, il fallait que ce mouvement soit indépendant aussi bien du grand bloc de droite, que du grand bloc de gauche.

La charte de partenariat signée entre l'UDI et le MoDem fait cinq pages.

L'essentiel de ces cinq pages est constitué de grands principes que les deux mouvements s'engagent à respecter ainsi que d'informations liées à l'organisation de la nouvelle entité.

Dans l'absolu, 98% du contenu ne pose pas de problème par rapport à la cohérence de la ligne politique du Mouvement démocrate.
Reste 2%...

Vous pourriez penser que 2% ne représentent rien par rapport à 98% mais parfois, une seule phrase peut avoir plus de portée que cinq pages de grands principes.


Cette phrase est la suivante:

"En ce qu’elle respecte les valeurs humanistes, la droite républicaine est naturellement notre partenaire politique"

En une seule phrase, cette charte jette à terre le principe d'indépendance qui constitue la base première de l'existence du Mouvement démocrate.

Par cette phrase, il est acté que le mouvement renonce à être indépendant et reconnait l'UMP (puisque c'est bien d'elle qu'il s'agit sous la dénomination de droite républicaine) comme un partenaire naturel du nouvel ensemble constitué de l'UDI et du MoDem.

Les dirigeants du Mouvement démocrate ont donc, en connaissance de cause, affilié le mouvement au grand bloc politique de droite.

Ce faisant, ils ont brisé la pierre angulaire qui maintenait la cohésion d'un mouvement constitué d' adhérents issus aussi bien de la droite, que de la gauche, que de l'écologie ou de nulle part...

Certains m'opposeront que la charte contient également la phrase suivante:

" Pour autant nous considérons que le pays a besoin d’une large majorité réformiste, allant non seulement de la droite républicaine au Centre mais jusqu’aux sensibilités écologistes et
sociales-démocrates".

Mais quiconque est de bonne foi aura compris que cette deuxième phrase n'est qu'un cache misère, destiné à masquer la capitulation du mouvement démocrate face à la volonté de l'UDI d'ancrer clairement le nouvel ensemble au grand bloc de droite.

En effet, dans la première phrase, la "droite républicaine" donc l'UMP est clairement identifiée comme un partenaire naturel ce qui implique donc tout naturellement que si alliance il doit y avoir, ce sera avec l'UMP.
Dans le passé, le Mouvement démocrate avait, au cas par cas, été allié localement tantôt à des équipes de gauche comme à Dijon, tantôt à des équipes de droite comme à Bordeaux mais en aucun cas, il ne s'était enfermé dans une alliance globale. Ces alliances locales étaient dictées par la qualité des personnes et non, par leur étiquette politique.
Ce que contient cette phrase c'est une logique d'alliance automatique avec la droite.
Lors des municipales 2014, subsisteront quelques exceptions dans quelques villes que le MoDem gère déjà en alliance locale avec des équipes de gauche et pour lesquels des accords ont été passé avant ce partenariat mais pour tout le reste, ce sera soit l'UDI, soit l'UMP mais rien d'autre.


La deuxième phrase, elle, ne fait que définir ce que serait une majorité réformiste qui comprendrait donc la droite républicaine et des sensibilités écologistes et sociales démocrates. Ce qui est sous entendu là dedans, c'est que cette majorité réformiste est prête à accueillir des personnalités ou au mieux des clubs politiques issus de l'écologie et de la social démocratie, un peu comme l' avait fait Nicolas Sarkozy en son temps en accueillant les Kouchner et autre Besson dans sa majorité.

Pour résumer simplement, l'allié naturel du nouvel ensemble est l'ump, mais on veut bien garder quelques strapontins aux éventuels transfuges qui accepteraient de quitter leur famille politique d'origine pour rejoindre la grande majorité dite réformiste...


Quand j'ai rejoint le MoDem en 2007, je rejoignais une famille politique se revendiquant du centre indépendant, ni à droite, ni à gauche.
Aujourd'hui, ce centre indépendant est redevenu dépendant en donnant raison à François Mitterrand qui à une époque disait : "Le centre n'est ni de gauche, ni de gauche".

Face à ce constat, je ne me vois pas rester dans un mouvement qui a renié sa valeur la plus fondamentale.

En conséquence, je vais à brève voire très brève échéance quitter le mouvement démocrate.

Si je ne le fais pas immédiatement, c'est que j'attends que ce partenariat soit validé par les instances légales statutaires du MoDem car, non contents de fouler au pied nos principes, les dirigeants de notre mouvement n'ont pas jugé bon de consulter leurs adhérents sur cette grave décision et ont décidé de leur propre chef de nouer ce partenariat, au mépris des règles statutaires de notre mouvement.
J'aimerai croire que nos instances internes puissent désavouer cette décision de nos dirigeants mais je n'y crois pas vraiment.
Quel bilan tirer au final de cette aventure politique qu'est le mouvement démocrate ?
Je ne regrette pas d'y avoir participé durant ces six dernières années car j'y ai rencontré des gens formidables et intègres, j'y ai vécu de super moments de campagnes électorales, j'ai pu constater qu'il était possible, au sein d'un mouvement politique, d'avoir un fonctionnement réellement démocratique et ouvert. Pour tout cela, cela aura été, malgré tout, une bonne expérience.

Cela renforce d'autant plus ma déception de voir cette aventure se terminer de cette triste manière...

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